Ce qui me fait le plus vibrer dans une nouvelle aventure, c’est de ne jamais connaître les couleurs, les textures, les nuances, les saveurs, les odeurs ou même les conséquences qu’auront les expériences que je m’apprête à vivre. C’est certainement pour cela que le métier de photographe et écrivaine m’a choisi.

Ce qui est assez drôle, c’est qu’étant enfant, nous découvrons le monde et nous sommes avides de tout voir, de tout savoir, de tout connaître, de tout goûter, nous voulons être comme les grands ; nous jouons alors à « On dirait que je serais…, on dirait que tu seras… » Il ne nous serait pas venu à l’idée je pense, de contester ce que l’Autre veut être, ou, ce que l’Autre imagine qu’il doit être. On apprend la vie à notre petite hauteur et à travers l’imaginaire et le prisme de notre petit compagnon de jeu du moment. Il me semble, que le « Nous sommes » n’existe pas, encore. En jouant à explorer et à découvrir le monde, nous apprenons le courage, nous apprenons à braver nos peurs et les interdits de notre petite société qui se réduit à l’autorité de nos parents ; alors, sans le savoir, nous nous mettons parfois en danger ; notre zone de confort ne s’est pas encore réduite.

Que nous est-il arrivé en grandissant ? Qu’avons nous oublié en chemin pour ne plus accepter que l’Autre n’est pas nous, que notre vérité n’est pas forcément La Vérité, que notre prisme ne représente forcément qu’un des fragments mobiles de verres colorés du kaléidoscope de la vie, et que c’est justement parce qu’il produit d’infinies combinaisons de réalités différentes, que nous pourrons toucher du doigt la réponse aux trois éternelles questions que la frénésie du monde moderne nous a fait oublié :

Qui sommes-nous ?

Pourquoi sommes-nous là ?

Où allons-nous ?

Aujourd’hui, avec le recul, je peux affirmer que cette soif de découvrir qui je suis me pousse à traverser les frontières de l’humanité, pour découvrir mes propres frontières, mes propres limites, mes propres peurs et contradictions.

“C’est parce que je me sens totalement imparfaite et incomplète que je chemine vers l’Autre, afin qu’il me montre qui je suis, à chaque instant de mon présent!”

Céline Anaya Gautier